Ouverture du fetsival
Réputé
pour être l'un des plus grand festival Européen, le Festival
International du Film de Locarno fait aussi figure d'aïeul dans
le genre. Sa création en 1946, à peine quelques mois avant celui
de Cannes, fait ainsi de lui le festival plus ancien, juste
après celui de Venise.
Mais
cette notoriété n'est pas le seul élément lui assurant, depuis
de nombreuses années, à la fois le succès du côté du public et
la respectabilité auprès de l'industrie cinématographique. Des
programmes toujours riches, concoctés depuis de nombreuses années
par le Directeur du festival Marco Müller privilégient ainsi le
cinéma d'auteur et de qualité artistique pour les différentes
compétitions mais aussi quelques blockbusters chargés d'ancrer
le festival auprès du grand public lors de séances spéciales.
Le cadre dans lequel évolue le festival fait lui aussi beaucoup
pour sa renommée: un lac, les Alpes Suisses, un microclimat capricieux
(les nuits sont fréquemment accompagnées de violents orages faisant
place au ciel bleu le lendemain matin), cette petite ville du
Tessin (on y parle donc l'italien) offre ainsi un environnement
très favorable aux festivaliers.
Mais Locarno ne serait pas ce qu'il est sans le charme indéniable
des projections de la Piazza Grande. Située en plein cœur de la
ville, cette dernière se voit chaque année investie par un des
écrans à ciel ouvert les plus grands du monde. Une sélection pointue
alternant œuvres grand public et films intimistes est ainsi projetée
devant un parterre pouvant parfois aller jusqu'à 10'000 spectateurs.
Cette année, ce sont les X-Men
de Bryan Singer (Usual Suspect) qui ouvriront en fanfare le festival
et qui inaugureront par là même le nouveau système sonore digital
dont la Piazza Grande s'est récemment équipée. De grands moments
en perspective rythmés, entre autre, par une version moderne et
provocatrice d'Hamlet orchestrée par Michael Almereyda
(dont le Nadja avait déjà fait les honneurs de la Piazza en 1995),
The House of Mirth de Terence Davies (déjà Léopard
d'Or en 1988 avec Distant Voices, Still Lives) projeté
en première mondiale, Xilu
Xiang (Little Cheung) de Fruit Chan (Prix Spécial
du jury en 1997 avec Made in Hong), sans compter un film surprise
qui, selon les organisateurs " marque le début à la réalisation
d’un grand auteur d’œuvres littéraires, cinématographiques et
télévisuelles et qui aurait pu être l’un des films les plus attendus
des dernières années si la censure de son pays ne l'avait pas
immédiatement occulté". Un titre qui ne sera révélé que le 10
août, soit deux jours avant l'événement incontournable de cette
manifestation: la projection en première Européenne de Hollow
Man, le nouveau film de Paul Verhoeven (Starship
Troopers), qui viendra conclure en beauté un festival
définitivement placé sous son empreinte puisqu'un Léopard d'honneur
lui sera remis.
Côté compétition, ce sont dix-neuf films, répartis à travers quinze
pays, qui permettront de faire le point sur les nouvelles perspectives
d'expression des cinéastes, principalement à travers des premiers
ou seconds films d'auteurs.
Outre les susnommés Hamlet et Xilu
Xiang (Little Cheung), nous guetterons avec attention
Hotaru, le nouveau film de la Japonaise Naomi Kawase
(Caméra d'Or Cannes 1997 avec Suzaku), 101
Reykjavik de Baltasar Kormakur, une comédie islandaise
décalée avec Victoria Abril et le sulfureux Baise-moi
de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi où l'on s'amusera à
observer les réactions du public Locarnien (on se souvient encore
du scandale qu'avait provoqué la projection du film de John McNaughton
en 1991, Henry, Portrait of a Serial Killer). Bronx
Barbes de Eliane De Latour (France), Azzuro
de Denis Rabaglia (Suisse/Italie), The Low Down
de Jamie Thraves (Grande Bretagne) et Manila de
Romuald Karmakar (Allemagne) figurent parmi les autres prétendants
aux différents prix.
Parmi les nombreuses sections parallèles, on retiendra notamment
deux curiosités: Time Code de Mike Figgis (Leaving
Las Vegas) et Pierre et les ambiguïtés de
Léos Carax (Mauvais sang). Le premier, un thriller
mâtiné de comédie, a été tourné en temps réel (en une heure et
trente minutes) à l'aide de quatre caméras DV (digital video)
pour être projeté sous forme d'un split-screen géant, soit un
écran divisé en quatre présentant autant d'actions simultanées.
Le deuxième se veut une version complète de plus de trois heures
de Pola X en forme de mini-série. A voir si cette
"director's cut" parviendra a faire oublier la catastrophique
version de 2h15min sortie l'année passée.
Célèbre pour la grande qualité de ses rétrospectives (on se souvient
encore du joyau qu'avait constitué celle organisée l'année passée
autour de Joe Dante et des Cormaniens), le Festival présente cette
année tout un pan méconnu, oublié ou censuré du cinéma soviétique
de 1928 à 1968. Une rétrospective, qui, comme celles des trois
années précédentes, sera accompagnée d'une publication ("Lignes
d'ombres - Une autre histoire du cinéma soviétique. 1926-1968"
Ed. Mazzotta).
Et puis il faut saluer les organisateurs pour une nouvelle section,
Kings of the B's, qui devrait
voir pleinement le jour l'année prochaine avec une structure de
projections abritée (10'000 places) sur la Piazza Castello et
qui rassemblera "les expériences les plus déchaînées du cinéma
populaire et du cinéma de genre". De quoi nous rappeler les bonnes
vieilles séances de minuit du festival d'Avoriaz. Et pour nous
mettre l'eau à la bouche, trois films sont présentés cette année:
Ko-rei de Kiyoshi Kurosawa (Charisma),
Un Uomo a perdere de Valter Toschi et Robert Louis
Stevenson's The Suicide Club de Rachel Samuels qui
marque le grand retour de Roger Corman à la production.
On vous reparle de tous ça très bientôt avec un compte rendu du
festival à la mi-parcours et un autre en fin de festival. A suivre
également: les interviews de Bryan Singer pour The X-Men
et Paul Verhoeven pour Hollow
Man.