53e Festival International du Film de Locarno
2 - 12 août 2000

Ouverture du fetsival

Réputé pour être l'un des plus grand festival Européen, le Festival International du Film de Locarno fait aussi figure d'aïeul dans le genre. Sa création en 1946, à peine quelques mois avant celui de Cannes, fait ainsi de lui le festival plus ancien, juste après celui de Venise.

Mais cette notoriété n'est pas le seul élément lui assurant, depuis de nombreuses années, à la fois le succès du côté du public et la respectabilité auprès de l'industrie cinématographique. Des programmes toujours riches, concoctés depuis de nombreuses années par le Directeur du festival Marco Müller privilégient ainsi le cinéma d'auteur et de qualité artistique pour les différentes compétitions mais aussi quelques blockbusters chargés d'ancrer le festival auprès du grand public lors de séances spéciales.
Le cadre dans lequel évolue le festival fait lui aussi beaucoup pour sa renommée: un lac, les Alpes Suisses, un microclimat capricieux (les nuits sont fréquemment accompagnées de violents orages faisant place au ciel bleu le lendemain matin), cette petite ville du Tessin (on y parle donc l'italien) offre ainsi un environnement très favorable aux festivaliers.
Mais Locarno ne serait pas ce qu'il est sans le charme indéniable des projections de la Piazza Grande. Située en plein cœur de la ville, cette dernière se voit chaque année investie par un des écrans à ciel ouvert les plus grands du monde. Une sélection pointue alternant œuvres grand public et films intimistes est ainsi projetée devant un parterre pouvant parfois aller jusqu'à 10'000 spectateurs.

Cette année, ce sont les X-Men de Bryan Singer (Usual Suspect) qui ouvriront en fanfare le festival et qui inaugureront par là même le nouveau système sonore digital dont la Piazza Grande s'est récemment équipée. De grands moments en perspective rythmés, entre autre, par une version moderne et provocatrice d'Hamlet orchestrée par Michael Almereyda (dont le Nadja avait déjà fait les honneurs de la Piazza en 1995), The House of Mirth de Terence Davies (déjà Léopard d'Or en 1988 avec Distant Voices, Still Lives) projeté en première mondiale, Xilu Xiang (Little Cheung) de Fruit Chan (Prix Spécial du jury en 1997 avec Made in Hong), sans compter un film surprise qui, selon les organisateurs " marque le début à la réalisation d’un grand auteur d’œuvres littéraires, cinématographiques et télévisuelles et qui aurait pu être l’un des films les plus attendus des dernières années si la censure de son pays ne l'avait pas immédiatement occulté". Un titre qui ne sera révélé que le 10 août, soit deux jours avant l'événement incontournable de cette manifestation: la projection en première Européenne de Hollow Man, le nouveau film de Paul Verhoeven (Starship Troopers), qui viendra conclure en beauté un festival définitivement placé sous son empreinte puisqu'un Léopard d'honneur lui sera remis.

Côté compétition, ce sont dix-neuf films, répartis à travers quinze pays, qui permettront de faire le point sur les nouvelles perspectives d'expression des cinéastes, principalement à travers des premiers ou seconds films d'auteurs.
Outre les susnommés Hamlet et Xilu Xiang (Little Cheung), nous guetterons avec attention Hotaru, le nouveau film de la Japonaise Naomi Kawase (Caméra d'Or Cannes 1997 avec Suzaku), 101 Reykjavik de Baltasar Kormakur, une comédie islandaise décalée avec Victoria Abril et le sulfureux Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi où l'on s'amusera à observer les réactions du public Locarnien (on se souvient encore du scandale qu'avait provoqué la projection du film de John McNaughton en 1991, Henry, Portrait of a Serial Killer). Bronx Barbes de Eliane De Latour (France), Azzuro de Denis Rabaglia (Suisse/Italie), The Low Down de Jamie Thraves (Grande Bretagne) et Manila de Romuald Karmakar (Allemagne) figurent parmi les autres prétendants aux différents prix.

Parmi les nombreuses sections parallèles, on retiendra notamment deux curiosités: Time Code de Mike Figgis (Leaving Las Vegas) et Pierre et les ambiguïtés de Léos Carax (Mauvais sang). Le premier, un thriller mâtiné de comédie, a été tourné en temps réel (en une heure et trente minutes) à l'aide de quatre caméras DV (digital video) pour être projeté sous forme d'un split-screen géant, soit un écran divisé en quatre présentant autant d'actions simultanées.
Le deuxième se veut une version complète de plus de trois heures de Pola X en forme de mini-série. A voir si cette "director's cut" parviendra a faire oublier la catastrophique version de 2h15min sortie l'année passée.

Célèbre pour la grande qualité de ses rétrospectives (on se souvient encore du joyau qu'avait constitué celle organisée l'année passée autour de Joe Dante et des Cormaniens), le Festival présente cette année tout un pan méconnu, oublié ou censuré du cinéma soviétique de 1928 à 1968. Une rétrospective, qui, comme celles des trois années précédentes, sera accompagnée d'une publication ("Lignes d'ombres - Une autre histoire du cinéma soviétique. 1926-1968" Ed. Mazzotta).

Et puis il faut saluer les organisateurs pour une nouvelle section, Kings of the B's, qui devrait voir pleinement le jour l'année prochaine avec une structure de projections abritée (10'000 places) sur la Piazza Castello et qui rassemblera "les expériences les plus déchaînées du cinéma populaire et du cinéma de genre". De quoi nous rappeler les bonnes vieilles séances de minuit du festival d'Avoriaz. Et pour nous mettre l'eau à la bouche, trois films sont présentés cette année: Ko-rei de Kiyoshi Kurosawa (Charisma), Un Uomo a perdere de Valter Toschi et Robert Louis Stevenson's The Suicide Club de Rachel Samuels qui marque le grand retour de Roger Corman à la production.

On vous reparle de tous ça très bientôt avec un compte rendu du festival à la mi-parcours et un autre en fin de festival. A suivre également: les interviews de Bryan Singer pour The X-Men et Paul Verhoeven pour Hollow Man.

Christophe Pinol