53e Festival International du Film de Locarno
2 - 12 août 2000

Hollow Man de Paul Verhoeven
USA - 105 mn
Hors - Compétition

Synopsis :


Paul Verhoeven« Selon Platon, l’être humain se comporte avec rectitude parce que la société le contraint à le faire. Mais si ces contraintes étaient levées et que le mal pût être commis sans répression aucune, n’importe quel être humain ferait le mal et y prendrait même du plaisir. Bref, voilà en un mot notre film.
« Kevin Bacon interprète un scientifique qui devient invisible et prend conscience qu’il peut commettre des viols et des meurtres en toute impunité. Dès lors, il agit comme un dieu malfaisant. Elisabeth Shue, qui interprète également une scientifique, le défie et l’affronte... »

Paul Verhoeven


Portrait de Paul Verhoeven :

Né en 1938 à Amsterdam, Paul Verhoeven commence à s’intéresser au septième art dès l’université. Il profite de son service militaire pour réaliser quelques documentaires, puis commence à travailler à la télévision. Il connaît son premier succès avec Floris, série mettant en scène une sorte de Ivanhoé hollandais qui dure 12 épisodes. Il passe ensuite au grand écran avec son premier long métrage Business is Business qui bat tous les records au box office local. Ce film marque également le début de sa collaboration avec le chef op Jan de Bont (futur réalisateur de Speed) et son acteur fétiche Rutger Hauger. C’est avec la même équipe qu’il engrange les succès avec des films comme Turkish Delights, nominé aux Oscars, ou Soldier of Orange.
Ses débuts anglophones ont lieu en 1985 avec Flesh and Blood, qui reçoit un accueil critique sans précédent. Mais c’est évidemment le colossal succès de Robocop qui l’installe définitivement dans le gratin des réalisateurs hollywoodiens. Verhoeven enchaîne ensuite avec Total Recall, fable futuriste avec Arnold Scharzeneger et déjà Sharon Stone, qu’il retrouve pour le controversé et considérable succès de Basic Instinct qui défraie la chronique en ouverture du festival de Cannes. Il connaît ensuite un échec avec Showgirls avant de signer l’étonnant Starship Troopers, film qui fera lui aussi parler la poudre, accusé même de « fascisme » par une partie de la critique américaine, aolrs que c’est ce fascisme même qu’il dénonce dans les productions hollywoodiennes, sous couvert d’effets spéciaux spectaculaires. Hollow Man marque son retour à Locarno, où il avait présenté un court métrage, Het Feest, en 1964.
Longs métrages :

1971 Business is Business
1973 Turkish Delight
1975 Cathy Tippel
1977 Soldier of Orange
1980 Spetters
1983 The Fourth Man
1985 Flesh and Blood
1987 Robocop
1990 Total Recall
1992 Basic Instinct
1995 Showgirls
1997 Starship Troopers
2000 Hollow Man

Critique :

The Hollow ManLe récit de l’homme invisible, d’abord inspiré directement du roman de HG Wells, a été porté à de nombreuses reprises à l’écran, ne donnant lieu qu’à deux versions stimulantes, celle de James Whale dans les années 30 et celle de John Carpenter dans les années 90. Lorsqu’un cinéaste comme Paul Verhoeven, au sortir d’un pamphlet sci-fi d’une ironie inouïe (Starship Troopers) s’en empare, on attend le résultat avec curiosité.
D’entrée de jeu, le cinéaste hollandais rassure ses fans en instillant ses motifs préférés : le piège du prédateur, avec cette souris dévorée de manière sanglante par un fauve invisible qui reprend en écho la toile d’araignée du prologue du Quatrième Homme, et le voyeurisme sexuel de Basic Instinct. Par là-même, ce sont les thèmes mêmes du film et ses principales séquences qui sont anoncés. La suite immédiate est une brilliante installation, avec des effets spéciaux somptueux recréant l’intérieur du corps d’un gorille et bientôt celui d’un homme qui s’apprête à devenir the hollow man, l’homme « creux », sorte de masque de Fantômas vide, sans yeux, sans crâne, sans rien.
Mais curieusement, Verhoeven, tout comme son scénariste Andrew Marlowe, qui ont la référence platonicienne en tête, élude assez rapidement les questions morales et les multiples possibiltés de crimes pouvant être commis par leur homme invisible dans le monde des hommes. Toute la deuxième partie du film est en effet circonscrite en huis-clos au laboratoire des chercheurs et plus basée sur une intrigue à la Alien, un peu réductrice ici étant donné les perspectives d’un tel sujet. Alors, forcément la déception point : Hollow Man serait-il un film creux ?
Pas tout à fait quand même. L’intrigue et le suspens restent efficaces, ménageant même des scènes très spectaculaires, notamment le duel dans la cage d’ascenseur à la fin, où la puissance de figuration de Verhoeven, qui prend de belle manière l’expression « va en enfer! » généralement utilisée dans les films d’action, à la lettre, fait forte impression. C’est finalement cette aisance figurative qui restera dans les esprits, le film s’affirmant comme un véritable catalogue des représentations possibles du corps humain. C’est cette part qui s’inscrit en creux comme en visible qui fait tout le prix et la puissance du film de Verhoeven.