53e Festival International du Film de Locarno
2 - 12 août 2000



Bronx Barbès
d’Eliane de Latour
France - 110 mn
Compétition Internationale - Première Oeuvre

Synopsis :


Abidjan, une ville comme beaucoup d’autres en Afrique où il faut se battre pour obtenir du travail. Deux jeunes hommes, Toussaint et Nixon, désespèrent d’en trouver un jour. Ils errent dans le bidonville jusqu’à ce qu’un soir, ils se trouvent mêlés au meurtre d’un chef de gang. S’ouvrent alors pour eux les portes dangereuses du ghetto, portes de bruit et de fureur, de fête et d’amitié, mais surtout d’ambition effrénée qui se heurte hélas à la mort et la désillusion.

Portrait :

Avant d’être cinéaste, Eliane de Latour est anthropologue. Elle a travaillé au CNRS sur des recherches concernant les sociétés d’Afrique de l’Ouest et notamment les thèmes de l’esclavage, de la guerre ou encore de l’économie féminine en zone rurale.
C’est en 1983 qu’elle saisit sa première caméra, consacrant Les Temps du Pouvoir à Samna, un « chef de canton ». Sur la même veine documentaire, elle alterne alors des films sur le terrain en France et en Afrique comme Conte et comptes de la cour, portrait de quatre femmes nigériennes recluses dans un harem qui obtient le Prix Georges Sadoul en 1993, ou encore Si bleu si calme, une incursion sensible dans le monde pénitencier qui fut présenté à Locarno en 1996.
Bronx Barbès est sa première fiction.

1984 Les Temps du Pouvoir (doc)
1989 Le Reflet de la Vie (doc)
Tidjane ou les Voies d’Allah
1993 Contes et Comptes de la Cour (doc)
1996 Si Bleu, si Calme (doc)
2000 Bronx-Barbès

Critique :

Ce que jober veut dire...

On l’aura compris, Bronx-Barbès est un film très documenté, fruit d’une longue expérience sur le terrain de sa réalisatrice-anthropologue, Eliane de Latour. Le film s’inspire d’une de ses études sur les gangs des rues dans les villes d’Abidjan et de San Pedro. Poussant le souci de réalisme à la précision la plus rigoureuse, la réalisatrice est allée jusqu’à faire corriger son scénario par de vrais pères de ghetto. C’est ce soin généreux et l’attention qu’il suppose envers le peuple filmé qui fait tout l’attrait de Bronx-Barbès. On y découvre une Afrique loin des clichés réducteurs où la vie, comme partout ailleurs en fait, est régie par la volonté de gagner de l’argent pour « être quelqu’un demain. » On y découvre aussi une couleur, une gouaille, un autre français (celui du futur disent les sociolinguistes) qui sait donner, parfois, une teinte de comédie populaire à ce quotidien si tragique. Par cette attention louable, Eliane de Latour se rapproche du père du cinéma ethnique, Jean Rouch (Moi un Noir, Petit à Petit), faisant de son film un passionnant document. Là où elle s’éloigne en revanche du maître, qui aimait improviser d’un jour sur l’autre, c’est dans le fait d’avoir choisi une histoire très écrite, filmée de manière classique. Et il faut bien reconnaître que le gros défaut du film réside en cet endroit. Eviter les clichés quant au sujet dont elle traite, Eliane de Latour sait (très bien) le faire, mais les éviter dans la narration est une toute autre tâche dont elle n’arrive jamais vraiment à s’acquitter. Au risque de réduire un projet si courageux et si pertinent à une histoire d’initiation de plus.


Générique :

Réalisation : Eliane de Latour
Scénario : Eliane de Latour, Emmanuel Bourdieu
Image : Stéphane Fontaine
Montage : Anne Weil
Musique : Philippe Miller
Son : Christophe Winding
Interprétation : Antony Koulehi Diate, Loss Sylla Ousseni, Edwige Dogo, Shang Lee Souleyman Kéré
Production : Hachette Première, René Cleitman, Les Films d’Ici

Yannis Polinacci