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TOKYO
2000 : entre coqueluches de festivals et découvertes
Jusqu'au
milieu des années 80, , Tokyo faisait figure de grand absent
au royaume des festivals. Conséquence sans doute d'une cinématographie
qui, malgré ses grands noms récompensés sur
la scène internationale (Kurosawa, Kinugasa, Kitano...),
demeurait un peu trop repliée sur elle-même.
Cependant,
en 1985, pendant le festival de Cannes, le président fondateur
de Toei, son PDG et le journaliste Mayazachi Mizuno donnent une
conférence de presse somptueuse à l'hôtel Martinez,
buffet et kimonos à l'appui, pour annoncer la création
du Festival International de Tokyo.
L'un
des 12 plus grands festivals mondiaux vient ainsi de naître.
Son crédo: faire découvrir et défendre les
talents de demain. Parallèlement à la grande section
compétitive internationale, le festival lance ainsi une "Young
Cinema Competition" destinée aux réalisateurs
n'ayant pas réalisé plus de trois films. Au fil des
ans, cette compétition dotée d'un prix cash très
important (750 000 dollars la première année!) va
récompenser Hector Babenco (1985), Idrissa Ouedraogo (1989),
Jean Pierre Jeunet et Marc Caro (1991), Julio Medem (1992), Tsai
Ming-Liang (1993), Hal Hartley (1994) et Jafar Panahi (récent
Lion d'Or à Venise).
En
15 ans d'existence, la grande compétition aura été
le lieu d'une rivalité soutenue entre cinéma asiatique
et est-européen. A l'arrivée, c'est le cinéma
asiatique qui l'emporte avec 6 Grand Prix (Shinji Somai, Wu Tian-ming,
Chung Ji-young, Tian Zhuang-zhuang, Yim- Ho, Chang Tso-Chi) contre
un seul au yougoslave Rajoko Grlic en 1989.
De
par sa position stratégique naturelle, le Festival de Tokyo
est devenu une vitrine privilégiée des évolutions
du cinéma asiatique, de la "Nouvelle Vague" coréenne
voisine (Prix du Jury pour Rainbow Trout de Park Chong-won
en 1999) à l'émergence des nouveaux talents de Singapour,
Thailande et Taiwan (Tsai Ming-Liang, Edward Yang, et Chang Tso-Chi,
qui, en 1999, remportait le Grand Prix et le Gold Prize pour Darkness
and Light).
Pour
répondre aux critiques qui lui reprochent un manque d'initiatives
en faveur du jeune cinéma japonais indépendant, le
Festival lance en 1999 le "Tokyo Film Creators' Forum" pour développer
le marketing des films japonais à l'étranger et relancer
la production au Japon. Ce forum s'accompagne d'une nouvelle section
"Nippon Cinema Now" qui, chaque année, présente
en avant-première mondiale 4 films japonais et organise des
rencontres avec leurs réalisateurs. Cependant, on peut dire
au vu des palmarès du festival que les grands réalisateurs
actuels de l'archipel nippon, tels Kitano, Aoyama, Kurosawa et Kawase,
en sont les grands absents.
Parmi
les favoris logiques d'une compétition toujours réservées
aux réalisateurs n'ayant pas réalisé plus de
trois films: Alejandro G. Inarritu, dont les Amours Chiennes
viennent de se distinguer à Edimbourg et Chicago; Janice
Beard: 45WPM, récompensé au Festival Cinequest
de San Jose, et Jeu de Rôles du jeune prodige Mateo
Gil, qui espère sans doute faire aussi bien que son ami Alejandro
Amenabar et son Grand Prix 1998 pour Ouvre les Yeux. Face
à ces jeunes loups, les 5 réalisateurs asiatiques
ne devraient pas être en reste. Le coréen Hong Sang-soo,
dont les deux premiers films ont déjà été
récompensés à Rotterdam, Vancouver et Singapour,
fait figure de favori logique avec Oh!
Soo-jung (La
Vierge Mise à Nu par ses Prétendants). Mais
la chinoise Ann Hu ne devrait pas être en reste avec Shadow
Magic, récit de l'implantation du cinématographe
dans son pays.
La
section "Cinema Prism" propose 15 titres prestigieux et
inédits du cinéma mondial. Les spectateurs pourront
ainsi découvrir ou revoir le beau visage de l'émouvante
Zang Ziyi, actuellement à l'affiche de Tigres et Dragons,
dans The Road Home du vénérable Zang Yimou
(Vivre!), tandis que la jolie Bae Doo-nae saura certainement
les dérider grâce à sa pétillante prestation
dans Barking Dogs Never Bite du sud-coréen Bong Joon-ho,
remarqué à San Sebastian.
Parmi
les 4 films de la section Nippon Cinema Now, on s'intéressera
plus particulièrement à Chinpira de Rokuro
Mochizuki, remarqué à Venise, où nous l'avions
rencontré, pour son film érotique Currency and
Blonde, et The Guys from Paradise du prolifique Miike
Takashi, récent hommagé de l'Etrange Festival de Paris.
Après
moults coupes de saké, sushis et 8 jours de compétition
passionnante, le jury, présidé par Volker Schlöndorff,
et les spectateurs du Festival de Tokyo pourront ainsi s'exclamer
comme tout bon japonais qui se respecte: "Gochiso sama deshita!"
Robin
Gatto
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