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Le destin n'a pas voulu que Stanley Kubrick voit l'année 2001. Les
grands génies visionnaires sont souvent punis par leur Créateur,
qui ne supporte pas que d'autres soient prophètes à leur place.
S'il y a un film qui n'a pas pris une ride, trente trois ans après
sa sortie en salles, c'est bien 2001, l'Odyssée de l'Espace,
chef-d'œuvre absolu de la science-fiction . Vivons donc le 7 mars
comme une fête, et non comme l'anniversaire d'un deuil. Il y a deux
ans, disparaissait l'un des cinéastes majeurs du siècle. Aujourd'hui,
on peut revoir en salles, sur une copie restaurée et sublime, son
film le plus beau, le plus mystérieux, le plus magique.
Est-ce du cinéma, de la musique, de la peinture, un poème lyrique,
un conte métaphysique, un voyage initiatique qui part de l'aube
de l'humanité pour nous conduire vers l'infini ? C'est tout cela,
et plus à la fois.
Il faut replacer ce film dans son contexte. Quand Kubrick écrit
à l'auteur du roman Arthur C. Clarke en l964 pour lui annoncer son
intention d'adapter son livre, il lui dit qu'il s'agira bien pour
lui de " tourner le film de science fiction de référence. ". Or,
en l964, l'homme n'a pas encore marché sur la lune. Il le fera pendant
l'été 1969, un an après la sortie du film. Mais l'Amérique et le
reste du monde baignent dans le contexte de la course à l'espace.
John Kennedy a fixé l'objectif Lune comme nouvelle frontière pour
son pays, la Nasa est dotée de budgets colossaux tandis que les
soviétiques multiplient les défis de leur côté.
Stanley Kubrick, lui, sort de deux immenses succès, Lolita
et Docteur Folamour. Il obtient de la MGM une liberté artistique
totale pour son projet, qu'aucune entrave financière ne devra freiner.
L'artiste qui a commencé sa carrière comme photographe, et qui fabrique
lui-même ses objectifs, pour obtenir exactement l'image qu'i l souhaite,
va s'entourer de la technique la plus performante, pour les prises
de vues et les trucages, donnant à son entreprise une amplitude
exceptionnelle. Nous ne sommes pas encore à l'ère de l'ordinateur
et du tout-numérique, mais son ballet d'aéronefs et de navettes,
au son des valses de Strauss, et du Beau Danube Bleu, n'en est que
plus beau aujourd'hui. Pour l'assister, sur le plateau, il y a le
grand Douglas Trumbull,
qui a créé quelques années plus tard le format géant de l'Imax.
L'incroyable fascination que dégage ce fil m aujourd'hui, vient
aussi de la rareté de ses dialogues : à peine plus d'une demi heure
sur deux heures quarante de spectacle. Avec l'invention géniale
de Hal, l'ordinateur qui parle et va se révolter contre l'homme.
Le duel de la machine face à celui qui l'a créée. Ce moment du film
- quand il faut débrancher Hal, pour l'empêcher de conduire les
astronautes vers la mort - reste l'un des plus forts de l'histoire
du cinéma,parmi beaucoup d'autres, la bataille des singes et l'os
jeté vers le ciel, le monolithe noir, le voyage vers Jupiter, et
la chambre mystérieuse où la mort et la naissance se rejoignent
à la fin, bouclant ce film pascalien sur le silence effrayant des
espaces infinis…
La Warner ressort 2001 à Paris sur une seule copie 70 mm
projetée sur l'écran du Gaumont Italie. D'ici quinze jours, quelques
copies 35 mm prendront le relais en province. Ne laissez pas passer
cette chance de redécouvrir ou de découvrir un moment majeur de
la vie artistique du vingtième siècle. Le talent des Lucas, Spielberg,
Cameron ou Ridley Scott, est très grand, mais aucun d'eux n'a approché
une telle perfection…
Stanley Kubrick ou le voyage ultime vers les mystères de l'humanité
et de la création.
D'autres voyages vous sont proposés tout au long de ce mois de mars
un peu partout en France, qui reste la terre d'asile absolue des
cinématographies du monde entier : cinéma nordique à Rouen,
asiatique à Deauville,
latino américain à Toulouse,
irlandais à Rennes,
cinéma des Femmes à Créteil,
et Festival du Cinéma de Paris
fin mars début avril avec Ettore Scola comme président : un beau
palmarès dont nous n'avons pas à rougir, car il est rare aujourd'hui
d'offrir une telle palette. La France, capitale des Festivals du
monde entier. C'est plutôt t réconfortant de faire ce constat, au
moment où notre cinéma hexagonal reprend du poil de la bête.
Michel
Pascal
N.B.
On profitera de la ressortie de " 2001 " pour lire le très bel album
édité par Les Cahiers Du Cinéma et signé Piers Bizony, relatant
toutes les étapes de l'accouchement de cette œuvre magistrale. Un
texte et une iconographie somptueux. (Le Futur selon Kubrick
, préface d'Arthur C. Clarke).
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2001, quelle odyssée
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