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Retour vers le Futur

Edito par Michel Pascal Le destin n'a pas voulu que Stanley Kubrick voit l'année 2001. Les grands génies visionnaires sont souvent punis par leur Créateur, qui ne supporte pas que d'autres soient prophètes à leur place. S'il y a un film qui n'a pas pris une ride, trente trois ans après sa sortie en salles, c'est bien 2001, l'Odyssée de l'Espace, chef-d'œuvre absolu de la science-fiction . Vivons donc le 7 mars comme une fête, et non comme l'anniversaire d'un deuil. Il y a deux ans, disparaissait l'un des cinéastes majeurs du siècle. Aujourd'hui, on peut revoir en salles, sur une copie restaurée et sublime, son film le plus beau, le plus mystérieux, le plus magique.

Est-ce du cinéma, de la musique, de la peinture, un poème lyrique, un conte métaphysique, un voyage initiatique qui part de l'aube de l'humanité pour nous conduire vers l'infini ? C'est tout cela, et plus à la fois.

Il faut replacer ce film dans son contexte. Quand Kubrick écrit à l'auteur du roman Arthur C. Clarke en l964 pour lui annoncer son intention d'adapter son livre, il lui dit qu'il s'agira bien pour lui de " tourner le film de science fiction de référence. ". Or, en l964, l'homme n'a pas encore marché sur la lune. Il le fera pendant l'été 1969, un an après la sortie du film. Mais l'Amérique et le reste du monde baignent dans le contexte de la course à l'espace. John Kennedy a fixé l'objectif Lune comme nouvelle frontière pour son pays, la Nasa est dotée de budgets colossaux tandis que les soviétiques multiplient les défis de leur côté.

Stanley Kubrick, lui, sort de deux immenses succès, Lolita et Docteur Folamour. Il obtient de la MGM une liberté artistique totale pour son projet, qu'aucune entrave financière ne devra freiner.

L'artiste qui a commencé sa carrière comme photographe, et qui fabrique lui-même ses objectifs, pour obtenir exactement l'image qu'i l souhaite, va s'entourer de la technique la plus performante, pour les prises de vues et les trucages, donnant à son entreprise une amplitude exceptionnelle. Nous ne sommes pas encore à l'ère de l'ordinateur et du tout-numérique, mais son ballet d'aéronefs et de navettes, au son des valses de Strauss, et du Beau Danube Bleu, n'en est que plus beau aujourd'hui. Pour l'assister, sur le plateau, il y a le grand Douglas Trumbull, qui a créé quelques années plus tard le format géant de l'Imax.

L'incroyable fascination que dégage ce fil m aujourd'hui, vient aussi de la rareté de ses dialogues : à peine plus d'une demi heure sur deux heures quarante de spectacle. Avec l'invention géniale de Hal, l'ordinateur qui parle et va se révolter contre l'homme. Le duel de la machine face à celui qui l'a créée. Ce moment du film - quand il faut débrancher Hal, pour l'empêcher de conduire les astronautes vers la mort - reste l'un des plus forts de l'histoire du cinéma,parmi beaucoup d'autres, la bataille des singes et l'os jeté vers le ciel, le monolithe noir, le voyage vers Jupiter, et la chambre mystérieuse où la mort et la naissance se rejoignent à la fin, bouclant ce film pascalien sur le silence effrayant des espaces infinis…

La Warner ressort 2001 à Paris sur une seule copie 70 mm projetée sur l'écran du Gaumont Italie. D'ici quinze jours, quelques copies 35 mm prendront le relais en province. Ne laissez pas passer cette chance de redécouvrir ou de découvrir un moment majeur de la vie artistique du vingtième siècle. Le talent des Lucas, Spielberg, Cameron ou Ridley Scott, est très grand, mais aucun d'eux n'a approché une telle perfection…

Stanley Kubrick ou le voyage ultime vers les mystères de l'humanité et de la création.

D'autres voyages vous sont proposés tout au long de ce mois de mars un peu partout en France, qui reste la terre d'asile absolue des cinématographies du monde entier : cinéma nordique à Rouen, asiatique à Deauville, latino américain à Toulouse, irlandais à Rennes, cinéma des Femmes à Créteil, et Festival du Cinéma de Paris fin mars début avril avec Ettore Scola comme président : un beau palmarès dont nous n'avons pas à rougir, car il est rare aujourd'hui d'offrir une telle palette. La France, capitale des Festivals du monde entier. C'est plutôt t réconfortant de faire ce constat, au moment où notre cinéma hexagonal reprend du poil de la bête.

Michel Pascal

N.B. On profitera de la ressortie de " 2001 " pour lire le très bel album édité par Les Cahiers Du Cinéma et signé Piers Bizony, relatant toutes les étapes de l'accouchement de cette œuvre magistrale. Un texte et une iconographie somptueux. (Le Futur selon Kubrick , préface d'Arthur C. Clarke).

éditos précédents :
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Quand la télé fait sa mue
Fréquentation : la Hausse se confirme
Le Frisson des Grandes Mutations
2001, quelle odyssée pour le cinéma ?


2001

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Douglas Trumbull

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