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La
sortie du dessin animé Eldorado produit par les tout nouveaux
studios DreamWorks Animation ouverts à Burbank fin l998 est un événement
qu'il ne faut pas sous-estimer. Car derrière cette fresque picaresque,
truculente et colorée, se cachent des talents à dominante française
démarchés par les Majors entre Paris et Annecy, les studios de Montreuil
ou l'école CFT des Gobelins, reconnue comme l'un des creusets de
la nouvelle génération d'animateurs.
C'est sans doute la première fois qu'un long-métrage d'animation
est fabriqué à Hollywood sous la houlette d'un jeune et sympathique
réalisateur parisien, Eric Bergeron dit " Bibo ".
Après avoir créé son propre studio d'animation " Bibo Films " en
l993, pour y produire des publicités ou des courts métrages, Eric
Bergeron a eu la surprise d'être appelé chez lui par les plus grands
producteurs américains de Spielberg à Coppola pour réaliser pour
eux des séquences spécifiques dans différents films. Couronnés de
succès, ces essais lui valent de partir pour Londres où il travaille
d'abord pour des films comme Fievel au Far West ou Les
quatre dinosaures et le cirque magique.
La fermeture de la filiale Amblimation à Londres coïncide avec la
création des studios DreamWorks. Jeffrey Katzenberg, l'ex numéro
2 de Disney, n'a de cesse de lancer sa propre production pour défier
la grande maison de Mickey d'où il est parti avec un fort désir
de revanche. Il recrute à tout va les talents qu'il a repérés de
par le monde, avant de lancer son premier dessin animé estampillé
DreamWorks, Le Prince d'Egypte. Plusieurs animateurs français
font partie de l'aventure, dont Eric Bergeron, emmené en Californie
pour un premier contrat qui va durer plus de trois ans.
Derrière le fronton " DreamWorks Animation ", un bel ensemble en
pisé rose, construit à deux pas du célèbre immeuble des 7 Nains,
où courent des fontaines, et des rivières qui baignent des oliviers
dans un décor à l'italienne, le brillantissime Jeffrey Katzenberg
a recruté entre 30 et 40 dessinateurs français qui vont déjà créer
et animer quelques uns des personnages du Prince d'Egypte. Bergeron
est là, mais aussi Rodolphe Guenoden, ou Christophe Serrand, deux
autres étudiants issus des Gobelins. Serrand va animer le rôle de
Seti dans le Prince D'Egypte, tandis que Guenoden travaille sur
le personnage de Tzipporah. Ils ont d'abord un peu de mal à se couler
dans les normes rigides de production d'images à l'américaine, avec
un timing intraitable, marqué de courtes pauses dans la douceur
et la verdure californiennes. Mais cette école leur plait, et l'enthousiasme
fabuleux d'un Katzenberg emporte leur adhésion.
Même si certains d'entre eux vont aujourd'hui regagner Paris et
leurs racines pour se ressourcer, ils gardent tous de cette expérience
un acquis énorme qui a bouleversé leur carrière. Et ils ne sont
pas les seuls : car chez Disney, Warner ou Fox, la même quantité
de dessinateurs et d'animateurs français a été recrutée depuis dix
ans. Preuve qu'il se passe quelque chose d'important au royaume
de l'animation, dans le pays de Paul Grimault, un phénomène reconnu
par les plus grands professionnels du monde. Comme si la gouache
ou l'ordinateur rendaient plus faciles le mariage de l'Europe et
de l'Amérique dans le dessin animé que dans la fiction. Parce que
les egos y sont moins affirmés et que seuls priment les idées, les
coups de crayon et la palette graphique.
Allez voir Eldorado, ce récit magique de la quête de l'Or
en l'Amazonie et dans le Nouveau Monde, avec les aventures de Tullio
, de Miguel et de la jolie Chel, aussi belle que rouée. C'est un
bain de fraîcheur et de création débridée, la belle consécration
d'une animation française partie s'épanouir en Californie pour le
bonheur du spectateur et de nos artistes.
Michel Pascal
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