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C'est une splendeur découverte au dernier Festival de Cannes, un
film sensuel, envoûtant, magique signé par le Godard de Hong Kong,
Wong-Kar-wai : In
the Mood for Love, c'est Un homme et une femme à
Hong-Kong dans les années soixante. Une étrange histoire d'amour
qui mêle deux couples et quatre personnages, mais dont on ne voit
que la moitié du récit à l'écran, l'autre se déroulant en parallèle,
en filigrane, hors-champs, comme un reflet furtif que l'on doit
deviner au fur et à mesure.
Une femme emménage dans un appartement avec son mari. Sur le même
palier, débarque le rédacteur en chef d'un journal et son épouse.
Ils vont se croiser sans cesse le soir, dans l'exiguité de cet immeuble
sombre et limite glauque, en allant chercher leurs nouilles quotidiennes.
Dis comme cela, la rencontre peut paraître triviale, ordinaire.
Ce serait compter sans la maestria visuelle du réalisateur, qui
malgré son décor volontairement confiné, donne au croisement des
deux tous les vertiges de l'amour en train de naître, par la grâce
de ralentis voluptueux sur les formes souples, ondulantes et sur
les robes soyeuses et colorées de la grande Maggie Cheung le tout
au son d'une valse lancinante, ou de la voix souveraine du crooner
Nat King Cole.
Cette déambulation dans des ruelles pluvieuses ou des couloirs d'hôtel
tapissés de rouge donne à ce pas de deux une dimension lyrique qui
contraste avec l'austérité apparente d'un propos elliptique. Nous
allons en effet découvrir en même temps que les deux héros, que
leurs conjoints respectifs se livrent aux joies de l'adultère pendant
qu'eux-mêmes n'en sont qu'aux prémices.
C'est la beauté de cet impossible amour qui devient le cœur du sujet
de ce film basé sur la séduction, le désir, et aussi la frustration.
Face aux tons pastel de la jeune femme, contrastent les costumes
sombres de Tony Leung qui a gagné à Cannes le prix d'interprétation
masculine, donné bizarrement comme un lot de consolation par le
jury de Luc Besson.
Il y a quelque chose de fétichiste dans la façon dont Wong-Kar-wai
filme ses deux héros, avec cette grâce presque maniérée, ce raffinement
inouï dans les cadrages, les mouvements, les frottements d'étoffe,
les murmures étouffés des voix qui n'osent pas…
Projeté trop tard dans la compétition cannoise, ce film taillé comme
une perle n'a pu prendre sur la Croisette sa vraie dimension. Il
la trouvera maintenant, lors de sa sortie d'automne, comme un film
rare, sublime, comme une réflexion abstraite sur le temps et la
vanité des sentiments face à l'éternité, comme le suggère le final
dans les ruines d'Angkor alors qu'une séquence d'actualité nous
montrer le général de Gaulle en visite à Pnom Penh.
Que pèse un peu d'amour au regard de l'histoire ? C'est tout le
mystère raconté par In the Mood for Love, l'un des chefs-d'œuvre
de cette rentrée.
Michel PASCAL
coups
de coeur précédents :
The Yards
La Route d'Eldorado
Dancer in the
Dark
Au Nom d'Anna
Bread and Roses
La Captive, Woman
on Top, Virgin Suicides
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