EDITO
7
septembre - 7ème jour
De
quelques Crimes et divers Châtiments
Après
la magnifique et surtout très émouvante soirée musicale d’hier soir,
le couple Rooney chantant sur scène fut un moment rare et intense
; la journée d’aujourd’hui fut beaucoup plus violente, gore et controversée.
Trois films présentés aujourd’hui mettent en scène des crimes : dans
la Rome antique, de manière actualisée et crue, dans Titus
de Julie Taymor, de façon militaire et organisée dans L’enfer du
devoir de William Friedkin et de manière plus déjantée et toujours
aussi gore dans Crime
+ Punishment in suburbia.
Titus de Julie Taymor a semé le trouble au sein du public deauvillais
puisque la moitié de la salle s’est éclipsé pendant la séance : est-ce
la durée du film, près de trois heures, un petit creux ou bien tout
simplement le ras le bol organisé ? On ne saura jamais le fin mot
de l’histoire mais il est au moins sûr que la majorité des spectateurs
restant dans la salle à la fin du film étaient enthousiastes.
Pour
ce qui est d’intriguer voire de dérouter le spectateur, les films
de la compétition n’étaient pas en reste aujourd’hui avec notamment
Memento
de Christopher Nolan. Le film raconte l’enquête d’un homme, interprété
par le charismatique acteur australien Guy Pearce (Priscilla Folle
du Désert, LA Confidential), qui n’a pas de mémoire. Cet handicap
pour le moins gênant devient un formidable argument pour inventer
un nouveau type d’intrigue. Ce puzzle cérébral a laissé bien des spectateurs
en route mais sans manquer de séduire les amateurs d’expérimentation.
Il pourrait bien être sur la liste des primés dimanche (aux côtés
peut-être de Girlfight
ou des Initiés,
autres favoris pour le moment).
L’adaptation
branchée de Dostoievski Crime
+ Punishment in Suburbia a quant à elle bien eu du mal à convaincre
la presse qui malmena quelque peu son réalisateur Rob Schmidt lors
de la conférence. On reprochait notamment au cinéaste les affects
clip et mode de son œuvre. Ce dernier a répliqué pour se défendre
que son film était dédié aux jeunes qui, comme lui, ont eu une jeunesse
difficile.
Autre
film plutôt controversé, L’Enfer du devoir met en scène deux
monstres sacrés du cinéma américain : Tommy Lee Jones et Samuel L
Jackson qui recevra un hommage largement mérité le soir de la présentation
de Shaft de John Singleton.
Le réalisateur culte William Friedkin à l’origine de nombreux frissons
(L’Exorciste), de la découverte du milieu marseillais (French
Connection) et de nombreuses autres petites merveilles (12
Hommes en colère, Jade, …), a, lors de sa descente sur scène,
serré la main d’un autre maître du cinéma, et festivalier assidu,
Brian de Palma.
Tommy Lee Jones toujours aussi disert et agréable a rappelé sa joie
d’être parmi nous (imaginez alors la tête d’un Tommy Lee content :
sourire très intérieur) pour la seconde fois en quelques jours.
La joie de travailler avec deux monstres du cinéma était elle aussi
présente sur son visage et semblait dire au public une réplique de
ce style : « bon, c’est pas tout ça mais j’irai bien parler avec moi-même.
»
Il a alors sonné la charge du départ et a regagné les coulisses tel
Bip Bip poursuivi par une horde de coyotes cinéphiles.
Samuel
L Jackson impeccable et impérial, était visiblement très touché de
l’accueil du public du CID.
Le film, quant à lui, rappelle à tous les règles de base d’un bon
militaire : tu ne tueras qu’en cas de nécessité, mot dont la définition
varie entre le petit Robert et le dictionnaire des cent mots qu’on
parle du militaire, gradé je précise.
Demain deux grands films à l’affiche : Tigre
et Dragon, le sublime et aérien film d’arts martiaux du Taiwanais
Ang Lee avec l’acteur Chow Yun-fat qui recevra un hommage, et Apparences
de Robert Zemeckis avec le très attendu Harrison Ford.
Bonne journée à tous et à toutes.
Frédéric Leconte, Yannis Polinacci
