EDITO
2
septembre - 2ème jour
"Make
my Eastwood day"
Strass,
pailletttes et discours tout d'abord...
La soirée d'ouverture, présentée par les deux maîtres de cérémonie,
Béatrice Wachsberger et Waguih Takla, s'est déroulée dans une ambiance
gaie et détendue, à commencer par les discours de bienvenue des deux
délégués généraux, André Halimi et Lionel Chouchan. L'occasion pour
ce dernier de présenter son petit chouchou : le livre hommage des
25 ans du festival de Deauville réalisé par deux journalistes de Ouest
France.
Ce fut ensuite le tour du maire de la ville, Anne D'Ornano de remercier
les festivaliers de leur constante fidélité, avant le grand moment
attendu par tous : la présentation sur scène de l'Homme
sans Ombre par son réalisateur, Paul Verhoeven et son
acteur invisible principal, Kevin Bacon.
Le "Hollandais causant", toujours aussi en forme après sa journée
d'interviews, a réjoui le public par ses paroles et par son film.
Pendant
ce temps là, l'équipe du Clint Eastwood,
Space Cowboys,
se régalait dans une des meilleures tables de la région après avoir
passé l'après midi en balade à Honfleur. Balade qui a d'ailleurs beaucoup
ému Tommy Lee Jones, comme il l'a évoqué durant la conférence de presse
du film : son émotion était au maximum lorsqu'il a entendu les cloches
de l'église Sainte Catherine sonner et faire vibrer tout le batiment
...
Mais les planches deauvillaises résonnaient aujourd'hui d'un tout
autre son : les voix de fans, de cinéphiles et même de journalistes
confirmés entonnaient tous le même refrain : "Clint, Clint, CLINT!!!"
Le cavalier solitaire était de fait très entouré : staff de la Warner,
gardes du corps, et bien sûr ses trois acolytes de l'espace : Donald
Suthreland, James garner, Tommy Lee Jones. "Clint, Clint, CLINT",
les coquillages de la plage eux-mêmes chanteront son nom quand vous
les porterez à votre oreille.
Qu'est-ce qui fascine tant chez le mythique acteur ? Serge Toubiana
et Nicolas Saada, journalistes aux "Cahiers du Cinéma"
qui ont longuement interviewé le cinéaste durant le tournage, ont
tenté de nous répondre. Eastwood est selon eux un "homme de nulle
part", c'est à dire qu'il vient de loin, de l'Amérique des années
trente engluée dans la crise. Il devient acteur par hasard, joue dans
une série télé, et puis un jour, un obscur réalisateur italien lui
propose de tourner un western en Italie, un tout petit western, comme
une série Z. Le titre du film est Pour une Poignée de dollars,
et le cinéaste est Sergio Leone.
La
suite on la connaît, Eastwood devient rapidement une immense star,
mais il a déjà plus de 35 ans. C'est ce décalage qui expliquerait
son extraordinnaire humilité. Star mondiale, le cinéaste tarde à se
faire connaître pour ses films. Toubiana l'avoue lui-même : jusqu'au
milieu des années 80, il ne s'intéressait pas à Clint Eastwood. La
reconnaissance pourtant viendra : oubliées les critiques méprisantes,
voire insultantes de la presse new yorkaise à la sortie de l'Inspecteur
Harry, Clint est désormais partout célébré, par toutes les
critiques, par tous les festivals (hier Venise, aujourd'hui Deauville).
L'unanimité fait parfois frémir, mais quand elle est justifiée comme
ici, elle offre un rare plaisir. Toubiana, et même Donald Sutherland
le disent : ce sont les gens qui ont changé, Clint est toujours resté
le même, attendant sans s'en soucier le réveil de ses délateurs enfin
conquis. L'attente, la patience, c'est tout l'art d'Eastwood. L'art
d'observer les gens, d'écouter ses acteurs, de saisir le sens exact
d'une atmosphère, d'un sentiment. Ce monsieur-là est grand et l'écouter
parler, lui et ceux qui l'ont rencontré, est un ravissement d'une
rare intensité.
Mais
Deauville, c'est aussi des films indépendants, des réalisateurs qui
ont creusé leur sillon dans le monde du cinéma et qui reviennent présenter
leurs derniers films. David Mamet est de ceux-là et le moins que l'on
puisse dire c'est que son dernier film State
and Main est loin de la sérénité eastwoodienne. Le film
est en effet une description mordante de l'univers du cinéma vu dans
le prisme d'un tournage installé dans un petit bled de l'Amérique
moyenne. On y apprend pourquoi le dalmatien, plutôt que la sardine,
est l'emblème des pompiers, et que ne pas dire la vérité, ce n'est
pas mentir, mais "avoir un don pour la fiction".
C'est sur cette remarque réjouissante que se termine la deuxième journée
du festival de Deauville, festival dédié à nos menteurs préférés :
les gens de cinéma.
Frédéric Leconte, Yannis Polinacci.
