----Un Certain Regard
----
Critics' Week

----Quinzaine des Réas.









Un Certain Regard
Saint Cyr
de Patricia Mazuy
Fin du dix-septième siècle, fin du règne de Louis XIV, la France est en proie à la guerre et à la misère. Madame de Maintenon, l'épouse du roi qui s'est élevée en intriguant et qui désormais se repend cherche à gagner son salut. Obsédée par la peur du diable, elle décide de faire acte de charité en créant une école, Saint Cyr, qui se chargera d'éduquer 250 filles de la petite noblesse ruinées par la guerre. Son désir est en d'en faire des fermmes libres et instruites, mais bientôt la peur du démon la ratrappe et l'éducation va se faire de plus en plus rigoureuse sous la cape d'un abbé janséniste. Deux petites filles arrivent à cette école : Anne de Grandcamp et Lucie de Fontenelle : l'une sera prête à suivre la Maintenon dans tous ses désirs contradictoires, l'autre n'aura de cesse de se rebeller.

Très attendue pour son troisième film après le succès critique de Travolta et Moi, son épisode remarqué de la série d'Arte Tous les Garçons et les Filles de leur Age, Patricia Mazuy a choisi le difficle exercice du film historique en costume. D'entrée de jeu elle impose son regard singulier sur le couple royal, vu dans son intimité la plus crue, la plus cruelle même, et sur les corps des personnages. Ceux-ci sont saisis dans l'effort, avec ce long plan générique dans lequel toute une suite court sur un chemin. La clé du film est ainsi donnée : l'opposition entre la nature brute du corps et l'éducation, religieuse et sociale, qui l'entrave. Il y a d'abord ces robes qui engoncent les femmes et gênent leurs mouvements(il faut soulever son jupon pour marcher dans la boue), il y a surtout, dans certains plans, des postures très belles comme ces petites filles qui n'ont de cesse de s'échapper, de se dérober. La force de Mazuy, son talent singulier s'affirme ici : là où la plupart des réalisateurs de films historiques jouent sur les dialogues et les mots (mais ceux de Saint Cyr sont d'ailleurs tout aussi bien écrit), ou alors sur les costumes et les décors (sur lesquels il n'ya rien à redire non plus), ce qu'on retient le plus de ce film ce sont les gestes, les attitudes corporelles des personnages qui à elles seules affirment au-delà des mots le sujet profond du film. Dans ce type de mise en scène, il va sans dire que la place des acteurs est primordiale, et tous, toutes plutôt, remplissent bien leur fonction. Isabelle Huppert est comme à son habitude parfaite, et les deux jeunes comédiennes Nina Meurisse et Morgane More.

Yannis Polinacci


Casting Isabelle Huppert, Nina Meurisse, Morgane More, J.P. Kalfon, J.F. Balmer, Simon Reggiani
Scénario Patricia Mazuy et Yves Thomas
Producteur Archipel
Distributeur United International P.

Cannes 99 - Cannes 98 - Cannes 97 - Cannes 96 - Cannes 95