Paris.
Un boulevard animé. Un jeune garçon jette un bout de papier froissé
dans les mains tendues d'une mendiante. C'est le noeud qui relie
pour un instant les trajectoires de personnages très différents.
Il y a Anne, une comédienne et son ami Georges, photographe de
guerre rarement à Paris. Amadou, dont la petite soeur est sourde
et le père chauffeur de taxi. Et puis il y a Maria, émigrée roumaine.
Expulsée de France, elle passe quelques temps auprès de sa famille
avant un nouveau viyage humiliant en France.
"Code inconnu". Comme ce sentiment de se heurter à une porte close
dont on ne connaît plus le code. La solitude. La perte. L'impossibilité.
Mais il serait inutile de réduire le nouveau film de Michael Haneke
à ce qu'il raconte, aux thèmes qu'il traite. Solitude et inhumanité
des grandes villes, difficultés à communiquer ou xénophobie. "71
fragments d'une chronologie du hasard" (1994), l'un des plus beaux
titres jamais donné à un film, posait déjà ce problème. L'impossibilité
de raconter tant son écriture et sa forme étaient complexes. Mais
finalement un film évident, clair, un coup de poing.
Haneke, exilé parisien pour l'occasion, reprend apparemment le
même cheminement, les mêmes chemins de traverse déjà empruntés
pour "71 fragments ...". Mais en délaissant un peu les thèmes
qu'il affectionne traditionnellement (la violence, l'explosion
de la cellule familiale, l'influence des images, les liens entre
histoire intime et faits divers). Le cinéaste autrichien continue
pourtant d'explorer, de tisser des fils entre les destins, de
jouer avec ce qui semble aléatoire.
Moins facile et "complaisant" que son précédent "Funny games",
"Code inconnu" renoue avec un Haneke plus formel, austère. Mais
il convainc moins. Impression de déjà vu ? Peut-être. Mais pas
anodin. Son cinéma ne laisse jamais indifférent. Puisse-t-on en
dire autant souvent.
David
Dibilio
Michael
Haneke
Né
en 1942, il étudie la philosophie et le théâtre à Vienne. De 1967
à 1970, il travaille pour la télévision allemande. Depuis 1970,
il est réalisateur et scénariste. Il est également metteur en
scène de théatre en Allemagne et en Autriche.
Habitué de Cannes, il y a présenté tous ses longs-métarges pour
le cinéma : "Le septième continent"('89)"Benny's video" ('92)
et "71 fragments d'une chronologie du hasard" ('94) à la Quinzaine
des réalisateurs puis "Funny games ('97) en compétition officielle.