Rencontre avec Sir Anthony Hopkins, interprète d'Hannibal

Anthony Hopkins"Je ne sais pas comment je fais ce que je fais." C'est ainsi que répond Anthony Hopkins lorsqu'on le questionne sur ses talents d'acteur. "Mais j'ai un instinct pour les vêtements, j'aime avoir l'air propre et élégant" ajoute-t-il. Et c'est certain, il l'est en portant ce costume noir, le même exactement, révèle-t-il avec un sourire en coin, qu'il portait lors de l'effrayante scène de dîner qui conclut Hannibal. A Berlin, Hopkins s'épanche avec un visible entrain sur son retour triomphant dans le rôle d'Hannibal Lecter qui, en quelques jours d'exploitation, a d'ores et déjà dévoré le public américain.

Fascinant Lecter

"La part la plus fascinante de personnages comme Iago, Richard III de Shakespeare, du Fantôme de l'Opéra ou de Quasimodo n'est pas qu'ils sont mauvais, mais plutôt qu'ils sont prisonniers de leurs propres déformités, de leur propre culpabilité tragique. C'est aussi le cas de Hannibal. Souvent, je demande aux gens pourquoi Hannibal Lecter les intéresse tant, c'est une question très intéressante pour moi, et une énigme aussi. Pourquoi les gens sont-ils attirés par des personnages comme Lecter ou Yago ?

Hannibal"Ma seule réponse en tant qu'amateur en psychanalyse est que nous sommes fascinés par notre part d'ombre. Quand on est enfant, et même quand on est adulte, on va sur les montagnes russes pour se faire une belle frayeur. On va voir Psychose d'Hitchcock pour avoir peur. Maintenant que certaines personnes n'aiment pas cela, je le comprend très bien, ce n'est pas du goût de tout le monde, si vous me permettez cette plaisanterie. Je crois par exemple que lorsque Clarice descend les escaliers (lorsqu'elle rejoint Lecter à son "dîner" à la fin du film), le public sait que pendant quelques minutes, il va vivre le cauchemar de quelqu'un d'autre. Mais il est tranquillement dans une salle de cinéma en train de manger du popcorn. Je ne crois pas que les gens qui vont voir ce film, ou qui vont voir Psychose, aient besoin d'aller consulter un psychiatre parce qu'ils seraient dérangés. Cela fait partie de la nature humaine de se faire peur, d'avoir des frissons. Quant Janet Leigh se fait poignarder sous la douche par Anthony Perkins, c'est horrible certes mais cela nous excite parce que cela fait partie de notre méchanisme, de notre psyché duelle. Le jour et la nuit, la nuit et le jour... Je pense que c'est le pur paradoxe de la nature humaine. C'est ce qu'illustre la ville de Florence où nous avons tourné : cette ville a produit les plus grands artistes du monde, mais la Renaissance italienne a été inondée de sang.

Hannibal"C'est la nature humaine, des conflit viennent à la fois la beauté et le cauchemar. C'est comme cela que je défends le film. Je pense que c'est un film monumental, très puissant et très risqué. Personne n'avait envie d'assurer tranquillement. C'est encore plus angoissant d'être dans l'assurance et le politiquement correct, c'est le pire des cancers. "

L'Instinct

"Honêtement, je ne sais pas comment j'arrive à faire ce que je fais en tant qu'acteur. Et je suis sûr que si je demandais à Sean Connery ou à Roberto Benigni, ils ne sauraient pas non plus. J'ai de l'instinct pour certaines choses. Les vêtements par exemple. Comme Lecter, j'aime avoir l'air propre et élégant. Mais par exemple, je ne suis pas gourmand du tout, je n'y connait rien en cuisine et je ne bois pas de vin. Donc, de ce point de vue, je suis seulement un acteur.

Anthony HopkinsJe travaille à l'instinct. J'ai un sens de la couleur et de la texture. Je sais que la première fois que j'ai lu le rôle d'Hannibal Lecter, j'ai entendu sa voix. Je ne sais pas d'où elle est venue, je l'ai juste entendue... La seule comparaison que je pouvais faire, c'est avec HAL l'ordinateur de 2001. Parce que cet ordinateur prend le contrôle de tout le vaisseau. Je voulais créer cette particularité d'onomatopée dans la façon de s'exprimer de Lecter, c'est quelque choise de noir comme l'ébène, c'est comme une boîte noire. Et la voix est si désincarnée, je voulais qu'elle soit comme une voix de radio. J'avais l'intuition que cela marcherait, et apparemment cela a marché. Quand Gene Hackman a fait French Connection, il n'arrivait pas à ressentir le rôle les premiers jours jusqu'à ce qu'il mette un chapeau et s'écrie "C'est lui!" Et le réalisateur a dit : "Oui, c'est lui, ça y est, tu l'as !" C'est donc quelque chose d'inconscient. Quand vous sentez que quelque chose tourne bien, vous pouvez continuer, vous laisser aller avec ça, suivre le courant. Mais si tentez de l'analyser, vous êtes coincés."

Propos recueillis par Robin Gatto & Glenn Myrent


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