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Dès
qu'il a eu le script de A
la Rencontre de Forrester entre les mains, Sean Connery
a déclaré à la Columbia : "Forrester c'est moi." Et il n'a eu de
cesse de jouer le rôle, devenant même coproducteur du film. De fait,
l'ex-interprète de l'agent 007 s'est totalement identifié
à ce personnage d'écrivain mythomane et renfermé
qui s'ouvrira au monde grâce à un jeune gamin. Un sujet
proche de son très prisé Will Hunting pour
Gus Van Sant qui se délecte à filmer la star écossaise
face à une révélation : le jeune Rob Brown.
Qu'est
ce qui vous attiré le plus dans ce nouveau projet?
Le
postulat du film me semblait très intéressant. Il
y a d'un côté ce vieil écrivain isolé,
et de l'autre ce jeune noir du Bronx, ils sont complètement
différents, ne se connaissent même pas, qu'est ce qui
pourrait bien les réunir, qu'est ce qu'ils pourraient bien
avoir en commun? Une telle situation supposait beaucoup d'échanges
très vifs, spirituels, drôles. J'aimais ça et
j'aime ce que le film est devenu. Et la réussite du film
repose aussi en grande partie sur la formidable interprétation
du jeune Rob Brown. C'était une chose que d'avoir ce rôle
écrit sur le papier, et une autre de trouver l'acteur capable
de l'incarner. Des milliers de jeunes acteurs se sont présentés
à l'audition, vraiment des milliers mais c'est lui qui, malgré
son inexpérience, a raflé et apporté la dernière
pierre à l'édifice.
Vous-êtes
vous inspiré du fameux écrivain J. D. Salinger pour
interpréter Forrester?
Pour
interpréter ce rôle, j'ai pioché chez Salinger,
c'est vrai, mais aussi chez Burroughs, et la personnalité
de ces deux écrivains est naturellement venue sous-tendre
la relation au coeur du film.
Avez-vous
vu le film, et ne trouvez-vous pas que la fin est quelque peu forcée?
Il
arrive souvent que les producteurs ne voient jamais les films à
Hollywood, mais moi oui, je l'ai vu! (rires) Concernant la fin,
c'est votre opinion, mais elle rejoint celle de pas mal d'autres
gens, je dois l'avouer. Je sais que cette fin a l'air un peu forcée,
mais cependant je ne peux abonder totalement dans votre sens parce
que j'ai d'autres avis sur le film. Je pense quoi qu'on en dise
que c'est un très bon film.
Quel
regard portez-vous aujourd'hui sur le personnage de James Bond?
Il
est indéniable que 007 est un véritable phénomène
et que ma carière lui doit beaucoup. Je serais tenté
de dire que tout ça est du passé, mais je suis allé
récemment à une vente d'objets de collection à
Londres, et ils ont quand même réuni 600 000£!
Donc James Bond est encore très vivant, et Pierce Brosnan
s'en tire très bien en ce moment. C'est un personnage qui
pose des problèmes à chacun de ses interprètes,
mais peut-être que l'un d'entre nous a placé la barre
un peu trop haut...(sourire malicieux).
Vous
n'avez pas joué beaucoup de rôles de méchants
dans votre carrière, si l'on excepte Chapeaux Melon et Bottes
de Cuir, qui était un film très raté. N'êtes
vous pas tenté de jouer un vrai, grand méchant?
Chapeau
Melon et Bottes de Cuir a été un véritable
naufrage, et nous n'avons rien pu sauver de ce film. En fait, le
rôle que j'aimerais beaucoup jouer, c'est Macbeth. On ne peut
pas dire que ce soit un vrai "méchant". Mais Shakespeare
a appelé ça "la tragédie de Macbeth",
donc on peut le considérer d'une certaine façon comme
un méchant tragique. Sinon, en matière de super méchants,
il y a Lecter, mais je ne pense pas que quelqu'un pourra remplacer
Anthony Hopkins dans ce rôle. (sourire) Mais si un rôle
de méchant assez intéressant se présente, je
l'accepterai volontiers.
Pouvez-vous
nous parler de votre engagement politique et de ses effets sur votre
carrière?
Je
suis un partisan opiniâtre de l'indépendance de l'Ecosse,
et je pense que l'engagement politique, et l'engagement tout court,
ont des répercussions logiques sur le mêtier qu'on
fait. Je ne dirais pas que cela n'a eu que des effets positifs (son
projet de studio de cinéma en Ecosse a été
suspendu, ndlr), mais je suis fier de pouvoir dire que l'Ecosse
a toutes les chances de devenir indépendante de mon vivant.
Lequel
de vos films préférez-vous?
C'est
difficile pour moi de dire lequel de mes films je préfère,
mais je peux vous dire sur quel film je me suis le plus amusé,
et c'est Indiana Jones, grâce à Steven Spielberg et
Harrison Ford. Ce sont des grands professionnels, très sérieux
mais aussi très faciles à vivre, qui pratiquent un
cinéma intelligent et hautement distrayant. J'ai pris aussi
beaucoup de plaisir à faire L'Homme qui Voulut Etre Roi
avec John Huston et Michael Caine. A côté de ça,
il y a des films sur lesquels j'ai pris moins de plaisir mais qui
ont remporté beaucoup de succès. En règle générale,
on n'est jamais totalement satisfait de ce qu'on a fait et il y
a toujours des choses qu'on souhaiterait changer.
Quel
est votre tout premier souvenir de cinéma?
Mon
premier souvenir de cinéma, c'est un film qui s'appelle God
Gave Him a Dog (de Stuart Heisler, 1940). Je suis sûr
que c'est un film épouvantable, mais à l'époque,
j'étais fasciné! C'est l'histoire d'un gamin qui veut
entraîner son chien à devenir un pointer pour un concours.
Et son père, qui est très british, déteste
ça parce qu'il pense que c'est pour les bâtards! J'ai
pensé que c'était une grave injustice, et je dois
dire que cela m'a marqué à vie! (rires)
Monsieur
Connery, vous êtes considéré comme l'un des
hommes les plus sexy de la terre. Accepteriez-vous de partager le
secret de votre longévité avec nous?
Désolé,
mais j'ai bien peur de devoir l'emporter avec moi dans la tombe!
(rires)
Propos
et images recueillis par Robin Gatto
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