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Avec
son dernier film, Patrice Chéreau (La Reine Margot,
Ceux qui m'aiment prendront le train) a choqué les
puritains américains à Sundance en janvier dernier.
Le film s'était alors vu interdire aux mineurs et les festivaliers
de Park City avaient du montrer patte blanche pour assister aux
projections. Il a donc largement été question des
scènes de sexe à Berlin où le réalisateur
était présent en compétition officielle. Mais
le cinéaste parle surtout de ses acteurs, avec lesquels,
depuis le début de sa carrière au théâtre,
il a toujours entretenu un rapport passionné.
Malgré le scandale, le travail de Chéreau a trouvé
à Berlin une belle consécration puisque Intimité
a remporté l'Ours d'Or et l'Ours d'Argent de la meilleure
actrice (Kerry Fox).
Intimité
Le
film s'appelle Intimité alors il fallait bien qu'on
montre l'intimité des personnages. Mais je ne tiens pas à
m'appesantir sur les scènes de sexe. Il y a 35 minutes de
sexe dans le film, mais cela ne fait pas tout le film. L'histoire
du film, c'est deux personnes qui font l'amour avant toute autre
chose, avant même de se parler. C'est leur manière
de communiquer: ils font l'amour. Et j'avais envie de montrer comment
cela peut être beau, mais aussi terrible quand on n e sait
plus comment l'assumer. C'est toujours facile de commencer une histoire
d'amour, mais très dur de la continuer, pour combien de temps,
dans quelles conditions, et est-ce que l'on connaît jamais
vraiment la personne avec laquelle on vit? C'étaient là
quelques questions que j'avais envie d'aborder dans ce film.
L'Europe,
l'Europe, l'Europe!
J'ai
fait le film en anglais pour une bonne raison: en lisant la nouvelle
de Hanif Kureshi, "Nightlight", j'ai tout de suite pensé
que je tenais là une occasion merveilleuse de tourner à
Londres. Je ne visais pas du tout le marché anglo-saxon en
faisant ce film, j'avais juste envie de Londres, de ses rues si
photogéniques. Et tout à coup j'ai pensé: "Mon
dieu, ce serait encore plus beau de pouvoir travailler avec des
acteurs anglais". Et je tiens à dire que Kerry Fox et
Mark Rylan ont fait un travail fantastique, très courageux.
C'est
le premier film que j'ai tourné en anglais. Mais si je tombais
sur une histoire allemande, je tournerais en Allemagne, parce que
j'adore aussi l'Allemagne. J'ai eu aussi un projet sur un roman
espagnol, et j'adorerais tourner en Espagne, car je parle aussi
l'espagnol. Il y a longtemps de ça, j'ai travaillé
pour l'Opéra en Italie et en Allemagne. Et j'adore travailler
à l'étranger, apprendre des choses nouvelles, apprendre
de mes acteurs et des mes actrices. J'ai adoré travailler
sur Wagner et au théâtre en Allemagne. Je me sens capable
de travailler dans n'importe quelle langue européenne et
je me sens vraiment com me un réalisateur européen.
Evidemment, ce serait parfait pour moi si la langue du cinéma
européen était le français, mais malheureusement
ce n'est pas le cas...
Amour
toujours...
Je
pense que le film dit qu'on peut aimer plusieurs personnes à
la fois, et que le personnage principal aime deux personnes, et
qu'il a l'intention de ne quitter ni l'une ni l'autre.
So
british...
On
me dit "C'est un film typiquement français tourné
en Angleterre", simplement parce qu'on y voit deux personnes
faire l'amour sans inhibition. Je ne pense pas que le sexe soit
une sp&eacut e;cialité française, ni une marque de
fabrique française pour le cinéma! Je crois que c'est
un des clichés qu'on réserve à la France. Je
pense que le problème du sexe, de l'amour, de comment faire
l'amour, avec qui et combien de temps, est un vaste problème
qui intéresse tout le monde. Je refuse d'être mis dans
une catégorie "Film Français". La nouvelle
dont est tiré le film parlait de deux personnes faisant l'amour
dans un sous-sol londonien. Et quand je l'ai lue, j'ai pensé:
"Mon dieu, quelle belle histoire anglaise!"
Le
concept, siouplaît?
Intimité
n'est pas un film à concept. Nous avons essayé d'utiliser
plusieurs langages filmiques. P arfois le film est facile à
suivre, parfois c'est plus abrupt, nous suivons le rythme du personnage
principal. Parfois le film est très calme... J'aime l'idée
qu'un film puisse être empreint de quiétude, et qu'une
paix émerge des moments finals, au moment où l'on
se dirige vers une résolution et que quelque chose doit être
dit ou fait en guise de conclusion. C'est pourquoi le film va vers
de plus en plus d'apaisement.
Claudia
Choufleur
Kerry
Fox est une très belle femme, une femme "vraie".
Je ne voulais absolument pas d'acteurs arborant des plastiques parfaites
pour les scènes physiques. Cela aurait été
terrible d'avoir des beautés type mannequin. Il fallait quand
même que l'identification aux personnages puisse se faire.
On peut faire le film avec Claudia Schiffer, d'accord, mais cela
sera vraiment très différent! Le fillm parle de gens
"vrais", de gens auxquels on peut s'identifier. Et les
scènes d'amour en sont d'autant plus émouvantes et
vraies. Tout à coup, on voit le corps d'un homme de 40 ans
et d'une femme de 35 ans. Leurs corps ne sont pas parfaits, mais
ils sont si beaux, si émouvants à montrer. Ils sont
vivants. Nous avons tourné les scènes d'amour dans
leur continuité, et ce qui est beau à voir, c'est
quand la peau s'échauffe et devient rouge, par exemple. Non
pas que ce soit un détail jamais vu auparavant à l'écran,
mais c'est la vie. Comme quand on voit les marques sur le dos de
Kerry Fox dans la scène où il manque de la violer.
C'est un détail beau et vrai. J'aurais vraiment détesté
avoir des corps parfaits pour ce film. Moi-même, je n'ai pas
un corps parfait; vous non plus...
Acteurs,
je vous aime...
Il
faut guider, aider les acteurs. Il faut les protéger des
dangers qui pourraient les guetter au détour de chaque scène.
Ils peuvent se blesser, s'enfoncer trop profondément dans
les douleurs et les peines de leurs personnages. Contrairement à
ce qu'on croit, il ne s'agit pas d'une relation de pouvoir, mais
d'amour. Il y a parfois une réelle intimité entre
les acteurs et le réalisateur, et il faut que cette intimité
existe, pour obtenir de beaux résultats. Mais pas seulement
dans les scènes de sexe. Pour tout le film. Et d'ailleurs,
il y avait peut-être plus d'intimité entre nou s à
la fin du film, dans la scène finale par exemple. La dernière
scène du film était difficile. Il fallait trouver
le ton juste, l'équilibre, entre peine et quiétude.
Et pour ça, il faut trouver une véritable relation
d'intimité avec les acteurs...
Propos
recueillis par Robin Gatto & Glenn Myrent
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