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Venue
à Berlin présenter le dernier film de Lasse Hallström
Chocolat,
dans lequel elle interprète une jeune femme libre qui se
heurte au puritanisme d'un paisible petit village du coeur de la
France, Juliette Binoche ne savait pas encore qu'elle allait être
nominée pour ce rôle à l'Oscar de la meilleure
actrice, deux ans après avoir remporté la prestigieuse
statuette dans la catégorie Meilleur Second Rôle Féminin
pour Le Patient Anglais.
Découverte au début des années 80 par Godard
dans Je vous salue Marie révélée par
André Téchiné qui lui confie le rôle
principal de Rendez-Vous en 1984, Juliette Binoche confirme
vite son talent unique dans le film mythique de Léos Carax
Mauvais Sang. Si la reconnaissance internationale lui est
ensuite acquise grâce au film de Philip Kaufman L'insoutenable
légèreté de l'être, d'après
Milan Kundera, dans lequel elle partage l'affiche avec Daniel Day
Lewis, l'actrice peinera à toucher le grand public en France
où curieusement sa notoriété est alors bien
moindre que dans certains pays d'Asie. L'échec retentissant
des Amants du Pont Neuf, toujours de Carax, n'arrangera pas
les choses et il lui faudra attendre Bleu de Kieslowski,
pour lequel elle récolte un César, et un film comme
Le Hussard sur le Toît de Rappenaud pour que Binoche
sorte enfin définitivement de la confidentialité.
L'oscar fera le reste et gageons que cette nouvelle nomination la
portera enfin vers les cîmes aux côtés des Adjani,
Huppert ou Deneuve.
Le
Pont le moins Long
Le
film décrit la traversée du pont qu'il y a entre nous
et nous mêmes, pour s'aimer un peu plus. Et pour s'aimer un
peu plus, il faut avoir de la foi, du courage, de de l'amour. C'est
un des thèmes du film, qui en contient beaucoup d'autres.
Il y a celui de la tolérance, qui dit qu'il faut d'abord
être tolérant avec soi-même pour être tolérant
avec les autres. Et ce que fait mon personnage dans le film à
travers les gestes du chocolat, c'est permettre aux autres de traverser
ce pont, ou du moins de le rendre moins long, pour se retrouver.
Le film dit aussi que nos forces sont aussi nos faiblesses, tout
comme nos faiblesses font aussi nos forces.
Les
Toltèques, les Mayas et moi
Le
chocolat est un symbole fabuleux, chez les Olmèques, les
Toltèques et les Mayas, il symbolisait les Dieux, il était
utilisé dans des cérémonies. Comme on le sait,
le chocolat procure de la force, de l'excitation, mais aussi du
magnésium! Et le magnésium, vous savez, c'est très
important pour les femmes, surtout à un certain moment du
mois! (rires) Si, si, je vous assure, ça marche! (rires)
Mais bon, comme dans tout, c'est une question de quantité.
Si vous mangez trop de chocolat, vous êtes malades. Si vous
en mangez de manière raisonnable, c'est très agréable,
et c'est aussi quelque chose qu'on peut partager. Le chocolat symbolise
aussi la vie et ses surprises. Dans une boîte de chocolats,
il y a des chocolats qu'on déguste avec un réel plaisir,
et d'autres qui sont vraiment mauvais et qu'on ne peut même
pas finir. J'ai demandé à l'auteur du roman: "Pourquoi
le chocolat?" Et elle m'a répondu: "C'est moins
le chocolat qui est important que le geste de donner le chocolat."
Un geste de foi, de confiance, de communication. C'est le thème
du roman, de voir ce que ce geste provoque et change chez les gens.
Les
noirs, les blancs et les autres
J'adore
toutes les sortes de chocolats, les noirs, les blancs, les chocolats
au lait. Je suis très souple pour tout ce qui concerne les
chocolats! (rires) Le chocolat donne du plaisir. Quand on a un chocolat
dans la bouche, on soupire de plaisir, on fait "Hmmmmmmmm,
j'en voudrais bien un autre!" (rires) Le chocolat est un formidable
vecteur de partage et de communication. Après un repas, déguster
un bon chocolat apporte toujours quelque chose de spécial,
et c'est vrai que le chocolat peut devenir une drogue, un besoin
irrépressible. Quand on connaît le goût du chocolat,
c'est difficile de l'oublier. On peut aussi comparer le chocolat
aux films. Tout comme il y a des chocolats amers et doux, il y a
des films qui sont des expériences plutôt douces ou
plutôt fortes. Mais cela fait aussi partie de la vie que de
cultiver la différence. Il y a tellement de "couches"
en nous, de niveaux différents, qu'on peut dire que le chocolat
symbolise aussi ça.
Une
carrière internationale
Je
voulais travailler à l'étranger pour rencontrer des
gens nouveaux, différents. Je voulais m'autoriser à
découvrir des horizons, des états d'esprit nouveaux.
Et je me suis rendue compte que bien souvent je me sens plus proche
des gens à l'étranger qu'en France. J'étais
aussi très consciente du fait que je devais savoir parler
en anglais pour avoir une chance de travailler à l'étranger.
Je n'aime pas me sentir stoppée ou limitée par quoi
que ce soit, ni par les barrières de langue ni par les frontières.
Aussi, pour moi, cela ne fait aucune différence que Johnny
Depp soit une star internationale ou pas, c'est avant tout un être
humain, et nous travaillons ensemble dans un but commun. Que ce
soit dans la musique ou le cinéma, ce qui est important c'est
ce qu'on raconte, l'histoire qu'on donne à partager, et non
pas qui on est et d'où on vient.
Lasse
Béton
Au
début, les scènes dans le magasin de chocolat étaient
assez angoissantes pour moi. J'hésitais sur le ton à
adopter. Alors, j'ai commencé à jouer en exagérant
un peu la comédie, mais Lasse m'a dit : "Non, non, calme-toi,
il faut rester dans la réalité". Et c'était
la meilleure chose à faire. Bien que le film soit un conte
de fées, il véhicule une certaine vérité,
une certaine réalité. Alors, il ne fallait pas trop
appuyer la comédie. Lasse est très patient, s'il peut
refaire une prise, il est très content de la refaire. En
fait, il est complètement fou, parce qu'il peut très
bien ne jamais s'arrêter de filmer! (rires)
Code
Spécifique
C'est
vrai qu'avec Code
Inconnu et Chocolat, j'ai fait deux films très
différents. Mais je ne dirais pas que j'ai fait un film d'auteur
puis un film commercial. Lasse est un artiste à part entière,
il possède son propre pouvoir d'expression. Il ne fait pas
des films commerciaux puis des films d'auteur, il y a un lien entre
tous ses films. Ses histoires possèdent toujours quelque
chose de spécial, et ça ce n'est pas quelque chose
qu'on trouve si facilement aux Etats Unis. Il y a une part de risque
pour lui à faire des films aux Etats Unis, mais heureusement
ça se passe très bien pour lui. Code Inconnu
était un vrai risque. Le cinéma est une industrie,
et si vos films ne marchent pas bien, c'est très dur de continuer.
Alors pour nous, c'était un vrai luxe que de pouvoir faire
ce film, avec un sujet pas très vendeur. Et Michael utilisait
beaucoup le plan-séquence, ce qui donne au film un rythme
spécifique, plus lent. Code Inconnu et Chocolat
sont deux films très spécifiques, mais si vous me
demandez lequel je préfère, je vous répondrai
que j'aime les deux, j'aime m'exprimer dans les deux, goûter
aux deux, et cela fait aussi partie de mon travail que d'alterner
l'un et l'autre.
Femmes,
je vous aime
En
tant que femme venant du ventre d'une femme, je pense qu'il y a
un lien indéfectible entre toutes les femmes, un besoin de
vie, un instinct de survie, une envie de prolonger la vie et les
sentiments que le film exprime sont très forts à cet
égard.
Propos
recueillis au 51° Festival de Berlin par Robin Gatto
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